Décolonisons le genre. Genre et (post-)colonialisme : Comment ces mots sont-ils liés ?

De la difficulté de se positionner sur l’axe du binarisme occidental en tant que non-blanc.he.
Binarisme et Non-Binarisme, racisme et colonisation.

Le genre, le sexe, la race se co-construisent et s’alimente les uns les autres en permanence.

C’est une notion fondamentale à comprendre.

Il y divers axes de domination qui structure une société humaine: la race, le genre/sexe, la classe, le validisme-capacitisme, l’âgisme mais aussi le spécisme.

En France il est coutumier, parmi les sociologues, de dire que la société française est principalement structurée par trois axes : genre-race-classe.

Ces trois axes se co-construisent et les évolutions dynamiques de chacun ont des conséquences sur les autres ; c’est ce qu’on appelle la co-formation ou la consubstantialité.

Note : Pour ma part, je considère que tous les axes que j’ai cités en premier structurent la société française, selon une variation dans le temps mais aussi dans différents domaines sociaux, et qu’en effet ils se co-construisent. Pour la simplicité de la discussion, et parce que je vais joindre des études de sociologues en exemple, j’en resterai au tryptique genre-classe-race.

Ces trois axes ne sont donc jamais indépendants les uns des autres, bien au contraire, et il ne vaut mieux pas les étudier séparément, sans quoi on tomberait dans de nombreux biais d’analyses. Il vaut donc mieux chercher à les articuler ensemble pour mieux appréhender les rapports sociaux.

Saisir la dynamique des processus qui entre en jeu dans les évolutions et le déploiement de ces axes qui se co-produisent permet de comprendre les réalités des pratiques sociales dans leur complexité.

En d’autres termes :

-le genre construit la classe et la race,
-la race construit la classe et le genre,
-la classe construit le genre et la race.

Tout ça en même temps.

Cf :
Elsa Dorlin, la Matrice de la Race

Pour approfondir la notion de co-construction et co-substantialité:

Danièle Kergoat“Articuler les luttes contre les différents rapports sociaux inégalitaires” Entretien avec , 2011.

Roland PFEFFERKORN : Des politiques d’égalité aux politiques de l’identité : parité, diversité, intersectionnalité, 2011.

Co-Formations : des spatialités de résistance décoloniales chez les lesbiennes « of color » en France, Paola Bacchetta, 2009

Le binarisme.

La société occidentale décrète que notre genre est défini par nos organes génitaux, selon deux pôles distincts. Ainsi dès la naissance, selon que nous naissons avec tel ou tel organe, nous serons assignés « fille » ou « garçon », les futurs genre « femme » et « homme ».  Lorsque le  genre personnel  d’un individu est en adéquation avec le genre qui lui a été assigné à la naissance, on dit que c’est une personne cis-genre, lorsque ce n’est pas le cas, c’est une personne trans-genre.

NB : ceci est un phrase de description « générale », les auto-dénominations des personnes restent prioritaires, à la fois dans une visée identitaire, mais aussi respectueuses des individus.

La première grande conséquence du binarisme est donc l’axe oppressif systémique du cisexisme d’où découle la transphobie.

En parallèle de ce cisexisme, nous avons également une structure patriarcale qui permet la domination de la classe sociale des personnes du genre « homme » sur celle du genre « femme ».  Cette domination entraine l’axe oppressif systémique du sexisme.

De fait, à la base de l’oppression du sexisme, se tient aussi le modèle de pensée du binarisme.

En parallèle de ce cisexisme et de la domination masculine, se trouve aussi l’hétéro-centrisme.

Une grande partie du patriarcat a consisté à asseoir la légitimité de l’hétérosexualité, comme naturelle, immuable. Et de là, la domination masculine a consisté à contrôler la reproduction des femmes,

Ce n’est pas pour rien que lorsqu’on voit une personne assigné garçon (respectivement fille) à la naissance  qui se déclare trans et/ou non-binaire, on le taxe de gay (respectivement lesbienne).

Le genre est aussi constitutif d’une base pour l’orientation sexuelle.

C’est pourquoi dans un premier temps, les premières revendications historiques sur le genre sont liées à la sexualité, cf Wittig : les lesbiennes ne sont pas des femmes. Les lesbiennes, en refusant l’hétérosexualité, se mettent en dehors du genre femme, car le genre « femme » = « genre d’une femme hétérosexuelle ».
Par la suite, on a commencé dans les théories à plus ou moins différencier genre et orientation sexuelle, mais ce n’est pas forcément exact ni pertinent étant donné la structure même du binarisme et les résistances féroces du système et des individus oppresseurs  qui continuent à renvoyer à la sexualité, aux organes génitaux, à la sexualité ou même à l’empêchement de reproduction.

Ainsi, le cisexisme , l’hétérocentrisme et sexisme marchent de concert, ils se construisent ensemble et s’alimente l’un l’autre.

J’irais également plus loin en mettant en avant qu’ils marchent également de concert avec le validisme, car en effet, le corps-psyché d’une personne cis-genre est déclaré sain, tandis que le corps-psyché d’une personne transgenre est déclaré malade.

Cela explique la très grande propension à la médicalisation, la mutilation et la psychiatrisante qui concerne les personnes transgenre et/ou intersexes.

Pour l’instant nous voyons comment sont imbriqués le genre, l’orientation sexuelle et le validisme avec le binarisme, mais quel est le lien avec la race ?

En réalité, dans le binarisme occidental actuel, la base du genre « homme  » c’est en fait le genre « homme blanc », de même que pour genre « femme « , c’est le genre « femme blanche »

J’ai précisé dans ma première phrase « dans la société occidentale », en effet cette vision du binarisme *est* occidentale.

En occident, le binarisme est souvent défini par la structure idéologique, morale, sociale, culturelle, politique qui consiste à figer les identités de genre des membres d’une société selon deux polarisation uniques et distincts : les genres « homme » et « femme ».

Or, si en occident les identités de genre ont été figées sur deux pôles, et seulement deux (d’où le mot de binaire), dans d’autres cultures, les identités peuvent avoir été figées autour d’un autre nombre… deux, mais aussi trois, quatre, cinq six… On parlerait alors de trinarisme, quaternarisme etc…

Or la construction même du binarisme occidentale ne s’est pas faite toute seule… elle l’a été en se confrontant aux systèmes polarisant des sociétés non-occidentales que les Occidentaux ont fréquentés… Et si cette fréquentation s’est souvent faite sous la forme de contacts commerciaux et d’échanges de savoir, elle s’est malheureusement aussi souvent faite sous la forme de guerres, de conquêtes de territoires, de colonisation, d’esclavage, de génocide ethnique, le tout selon l’axe oppressif systémique du racisme, créant ainsi la dichotomie « blancs » et « non-blancs ».

Dans l’idéologie raciste, il faut altériser, essentialiser et discriminer des populations non-blanches et ce en faveur des blancs, de manière systémique.

Et quand on altérise, on altérise tout, y compris, le genre.

Or quand on altérise, on passe aussi par une redéfinition de soi-même.

Ainsi plus les blancs rencontraient des systèmes de genre différents, plus ils fixaient le leur.

SI c’est au 19e siècle en Europe qu’on dit qu’il y a eu une fixation des genres dans les sociétés occidentales européennes, ce n’est pas pour rien : c’est aussi au 19e qu’est né le racisme scientifique, que la colonisation a touché le monde entier et que les confrontations entre les genres blancs et non-blancs ont été les plus vives.

Le binarisme cristallisé chez les blanc.hes , qui produit donc le cis-sexisme de la société, s’est fait en opposition, en contraste à celui vu chez les non-blanc.hes.

Ainsi le système de genre et les codes sociaux des populations non-blanches rencontrées a été étudié, infériorisé, dénigré, et invalidé, déclaré non sain…

Mais pour les déclarer comme inférieurs, et les essentialiser, il faut d’abord les altériser.

Et pour qualifier d’Autre,  on se définit soi par exclusion.

C’est ainsi que le « système de genre blancs » s’est défini, au préalable, en même temps et à postériori par contraste et par opposition par rapport aux « systèmes de genre des non-blanc.hes ».

Comme il ne fallait surtout pas ressembler aux non-blanc.hes, tout élément rappelant le genre d’une personne non-blanche fut à bannir du genre d’une personne blanche. C’est ainsi que les rapports sociaux de race ont contribué à construire les rapports sociaux de genre.

Et inversement, par rebond !

En effet, le nouveau système de genre occidental a de nouveau été appliqué sur les peuples esclavagisés, colonisés, post-colonisés, sous hégémonie occidentale, ce qui a contribué, et qui contribue toujours, à les altériser et les essentialiser davantage.

Comme il y a eu domination morale et matérielle, c’est-à-dire par une colonisation de l’esprit mais aussi des structures sociales, étatiques et judiciaire, il y a eu une modification des systèmes de genre des non-blanc.hes pour parvenir à une adéquation avec le « nouveau système de genre des colonisateurs ».

Toutes les personnes non-blanches ont été ainsi perçue à travers un nouveau système de pensée du genre, pensée pour et par les blancs, et créé à l’encontre des genres des personnes non-blanches, de même les personnes non-blanches ont commencé à se percevoir elle-même selon ces nouveaux codes, alors même qu’ils ne correspondent pas, ou que peu ou prou, à leurs genres ressenti et leur système de genre antérieurs.

Et nous sommes des héritiers de ce mode de pensée.

Le genre est toujours modulé par la classe et par la race.

Les systèmes de genre non-blancs ont été impactés par le système binaire blanc rigidifié, appliqué après coup sur eux, et dont ils héritent aujourd’hui. Or certaines cultures vont s’ériger en contre, en forçant certains traits, provoquant un oubli d’une partie de leur propre culture d’avant la colonisation, mais aussi certaines situations typiquement culturelles. Il y a en effet des exemples de transitude spécifique qui ne sont pas forcément perçu comme de la transitude d’ailleurs, de même en c qui concerne l’orientation sexuelle, il y a énormément de pratiques sociales non hétérosexuelles mais qui n’ont pas d’étiquettes.  Ainsi, il y a aussi certaines cultures qui commencent à se réapproprier des modèles de genre culturel ancien et culturel par reconnaissance de leurs identités culturelles passées et en cours.  Par exemple le genre Two-Spirit des Natives Americans. Quasi complètement effacé, il commence à être repris par les Native Americans dans une reconquête identitaire de leurs cultures et des identités de genre qui leurs étaient et sont propre.

Ce ne sont donc pas les Blanc qui ont inventé le « binarisme », il y a de nombreuses cultures binaires, mais ce sont eux qui ont inventé la seule forme de binarisme qu’on connait aujourd’hui en occident, qui s’applique donc à tout le monde, blanc et non-blanc compris… Donc parler juste de binarisme en soi, ça n’a pas tellement de sens. Il faut préciser et avoir conscience que c’est un binarisme qui est blanc valide cis-hétéro-normé

Ainsi le genre d’une personne non-blanche est relié aussi à la tradition colonisante, dans sa perception et sa construction. Le genre d’un.e non-blanc.he sera toujours perçu au travers d’un prisme racial.

Il faut aussi bien comprendre que le binarisme ce n’est pas un but en soi, le binarisme des genres sert à maintenir une opposition de classe sur la base du genre et ainsi servir la domination masculine, et à inscrire l’hétérosexualité comme norme, mais le binarisme racialisé sert aussi à renforcer l’altérité des personnes non-blanches sur la base du genre, de l’orientation sexuelle et de la race.

Cette façon de percevoir les non-blancs donne par exemple lieu à des impensés dans l’orientation sexuelle des non-blanc.hes. Combien de fois n’avons-nous pas entendu qu’il n’existait pas d’homosexuels en Afrique ? Que c’était un apport occidental ? Que les maghrébin.es en France sont tou.tes hétéras ? Que la non-conformité des modes de vie des lesbiennes maghrébines au modèle des lesbiennes blanches les invalide dans leur statut de lesbienne ?  L’orientation sexuelle des afab maghrébines est aussi racialisée : une afab maghrébines ne peut être perçue comme lesbienne à de nombreux titres…

Cf :
Salima Amari : Des lesbiennes en devenir, Coming-out, loyauté filiale et hétéronormativité chez des descendantes d’immigrant·e·s maghrébin·e·s, 2012

Salima Amari : Certaines lesbiennes demeurent des femmes, 2015

Dans la suite de ce texte, je ne parlerais plus des systèmes de genre, qu’on pourrait qualifié d’hybrides , ou post-colonisé, des non-blanc dans leur pays .

Je ne me positionne maintenant uniquement dans le cas d’un pays blanc où il  y a des minorités non-blanches.

Dans ce cas, il y a également une forme de post-colonialisme dans le système de genre binaire appliqué aux non-blanc.hes.

Ainsi, de manière perverse, le binarisme dont les blancs se servent pour référence pour eux-même, n’est même pas le même binarisme qui est appliqué aux non-blanc.hes par les blancs.

J’ai vais retracer ici l’évolution de la perception du genre « homme arabe », « femme arabe » dans l’œil Blanc, tout en précisant bien qu’il s’agit souvent de personnes assimilées Arabes, indépendamment de leur culture personnelle (ex : moi je suis Amazigh, et non Arabe, en fait), de même qu’il y a une assimilation à la religion musulmane, indépendamment des croyances ou non des individus.

Je vais parler par exemple du Maroc, qui peut être étendu au Maghreb-Mashreq, et où la plupart des mécanismes ont été également reproduit dans d’autres régions colonisées.

Le genre « homme -marocain » a été vu comme un genre mixte  « masculin et féminin » par les européens. Les colons les trouvaient efféminé, peu viril…  Ils étaient d’ailleurs horrifiés de voir que l’homosexualité n’était pas criminalisée et l’ont inscrit dans la loi au 19e s. A ce jour les homosexuels continuent d’être criminalisés et c’est un legs colonial et post-colonial. Or beaucoup de personnes s’imaginent que l’homophobie est culturellement inhérente aux cultures maghrébines, et ceci est totalement faux. C’est le problème de la naturalisation des cultures, sans prendre en compte les legs coloniaux et les résistances anti-coloniales et ceci est une idée culturellement raciste.

Le genre « femme-marocaine » a été vu comme « femme hyper féminine », mais aussi comme « femme bi-lesbienne  » et « femme disponible sexuellement » avec tout le mythe de la femme du harem, au Maroc mais aussi d’Afrique du Nord et du Moyen et Proche Orient, dans l’orientalisme : elles sont présentées comme prostituées ou dans des harems. Ces harems fantasmés où se cotoient des femmes, en quasi non-mixité, dénudées, et qui ont des relations homosexuelles entre elles, où le seul genre du coté du spectre « homme » présent est une personne amab émasculée ( sans testicules et/ou sans pénis) donc qui n’est pas vu comme un « vrai homme », puisqu’il ne peut plus relationner sexuellement avec ces femmes pourtant disponible, et où l’intérêt du harem réside en la disponibilité sexuelle de toutes ces femmes pour un seul homme, un « vrai » celui-là qui aurait ses organes génitaux mâles, qui serait à la fois voyeur, exploiteur et propriétaire unique de ces femmes …

Cf les livres suivants :
-Fatima Mernissi : le Harem et l’Occident.

-Edward Saïd :  L’Orientalisme

Dans la confrontation de ces deux systèmes de genre ressort plusieurs choses :

-Il faut déviriliser les hommes maghrébins pour : assurer la prédominance du genre « homme blanc » comme mètre étalon du genre homme/assurer la supériorité du genre homme blanc vs homme maghrébin/ assurer que puisque les hommes blancs ont gagné la guerre, ils sont plus virils, plus guerriers, plus « homme » que les perdants. Le virilisme guerrier est en marche.

-il faut sur-féminiser les femmes maghrébines pour s’assurer de leur disponibilité sexuelle et légitimer leur possession sexuelle.  S’assurer de la légitimité à posséder les femmes décrétées disponibles, qui sont aussi les femmes / fille des perdants. En effet, il leur faut des « vrais hommes ». La femme comme butin de guerre. Et posséder les femmes des perdants c’est aussi humilier les hommes maghrébins et les déviriliser, dans la tradition viriliste, mysogine et sexiste. Le viol comme arme de guerre.

– A cela s’ajoute les délires racistes mixophiles qui consiste à dire : faites des enfants avec les femmes non-blanches car cela diluera le sang non-blanc et améliorera la race des non-blancs. On est dans la culture du sang et de la race : la naturalisation de la civilisation en progès conditionnée à l’implantation du sang blanc. Les enfants métisses serait alors « naturellement » plus civilisées. La race non-blanche s’améliorerait ainsi. C’était les joyeux discours des Blancs du 19e s, mais qui ont perduré jusqu’à la seconde guerre mondiale, alternant entre mixophilie et mixophobie, selon les nationalismes en vigueur dans les Etats européens…

Cf : Pierre-Andre Taguieff,  Face à l’immigration : mixophobie, xénophobie ou sélection. Un débat français dans l’entre-deux-guerres

Le corollaire pour les Blanc.hes, c’est d’avoir hyper-virilisé le genre homme-blanc, et d’avoir resserré strictement le genre femme-blanche, ce qui a donné le puritanisme au 19e où le genre femme était soumis à des codes très stricts concernant la sexualité et les stéréotypes de genre concernant les femmes : si les femmes non-blanches étaient considérées disponible, il fallait néanmoins les différencier du genre « femme-blanche » : les femmes blanche devaient donc rester honnêtes, prudes, de bonne vertu, en comparaison à ces femmes des colonies qui n’étaient que des moins que rien , à la faible vertu, ouvertes sexuellement,  provocantes et charmeuses et dont on pouvait donc facilement et légitimement disposer.

De même les femmes blanches, lorsque elles respectaient les codes établis, pouvait « légitimement » et sincèrement se sentir supérieures racialement aux femmes non-blanche sur la base du genre et des comportements sexuels et donc de la race, ignorant à quel point leur propre servitude étaient centrée autour et existait à cause d’une autre forme de servitude des femmes non-blanches.

Ainsi les unions (forcées ou non) entre hommes blancs et femmes non-blanches étaient permises, mais les unions entre un hommes-non blanc et femmes blanche étaient virtuellement impossible : non seulement ce n’étaient pas de « vrais hommes », mais en plus il souillait « forcément » une femme blanche dont la vertu était la plus haute valeur (symbolique, morale, en genre et en race). Ici on en vient à l’éternel débat de l’appropriation des corps des femmes.

Ainsi dans la confrontation des systèmes binaires blancs et non-blancs les conséquences sont les suivantes :

-fixation et codification du système binaire blanc

-effacement de l’ancien système de genre non-blanc et remplacement par celui du colon

-Résistances et déformations des genres non-blancs

Après la décolonisation , il y a toujours des contrecoups :

Les non-blancs se sont libérés de la domination coloniale :

Les émancipations coloniales maghrébines, et notamment la guerre d’Algérie, a été très marquante pour les Blancs, notamment Français, et on a vu alors un hiatus dans le genre : Les hommes maghrébins sont maintenant vu comme agressifs, revanchard, guerriers. Ils ont regagné une certaine idée de la virilité, dans l’œil de l’homme blanc.

En ce moment il y a une sur virilisation du genre « homme maghrébin » et homme assimilé Arabe en général, considéré plus macho, plus viril, plus « homme » et il y a toujours l’hyper-féminisation de la femme arabe, autant avec le syndrome de « la beurette » ( Première recherche dans les internets pornos français et la seule approche raciale de toute l’Europe qui arrivent en top 1 des recherches, ce qui en fait bel et bien une fixation française…) que par les affaires dites « du voile », où les femmes voilées sont maintenant vues comme hyper soumises, alors que pendant la colonisation, elle étaient toute autant musulmanes et voilées ( pas forcément de la même manière, certes) et bizarrement ça ne leur venait pas à l’esprit cette modulation du discours autour de la soumission aux hommes musulmans… On est toujours dans un enjeu d’appropriation du corps des femmes finalement, cette fois-ci des femmes assimilées arabo-musulmanes.

Ainsi la binarité blanche valide cis-hétéro-centrée varie. Elle ne s’applique pas vraiment aux personnes non-blanches, ou plutôt elle est désaxée selon le stigmate racial et selon l’assignation sexuelle.

Ainsi il y a différentes échelles de binarités et nous ne commençons donc pas pareil sur l’échelle binaire selon que l’on soit assimilé Arabe, Noir.e, Asiatique etc..

Dans le milieu militant trans, j’ai eu cette phrase qui se voulait provocante «  quand tu es non-blanc en France, tu es déjà Non-Binaire ». Des fois je me dis même que pour un Non Blanc, être Cis ne veut même pas dire la même chose que pour un Blanc.

Voici quelques exemples sous forme de liste non exhaustive… :

-Les hommes noirs et arabes sont actuellement hyper-virilisés, (alors que pendant l’esclavage et la colonisation, ils étaient dévirilisés comme tous les hommes des colonies),
-les hommes asiatiques sont toujours dévirilisés par rapport à l’homme blanc,
-Les hommes juifs sont féminisés ( figure du juif effeminé, le cliché de la mère juive) ou hypervirilisés, car considéré comme oppresseur des femmes juives, vue comme soumises
-Les hommes rroms sont dévirilisés , sur des instances de race et de classe.
– les femmes noires sont souvent virilisées et hypersexualisées en même temps.
– les femmes arabes sont hyperféminisées comme je l’ai montré, mais elles peuvent aussi être virilisée l’axe de classe entre en jeu : La fille arabe de banlieue-quartier populaire, la cagole arabe.
-les femmes asiatiques , du Nord-Est ou du Sud-Est, sont aussi hyperféminisées et hypersexualisées par rapport aux femmes blanches…
-les femmes juives sont féminisées ( cliché de la mère juives, notion de soumission si elle est religieuse)
-les femmes rroms sont hyperféminisées et vues comme soumises.

Bref, nos genres à nous les non-blanc.hes, ne sont pas appliqués sur le même référentiel que les blancs. Nous ne sommes pas jugés sur la même échelle.

Nous sommes toujours « trop » ou « pas assez » par rapports aux blan.ches…

Et si on cherche à déterminer notre genre propre, c’est une pagaille pas croyable car c’est de la violence transphobe raciale à tous les étages.
Alors du coup ce n’est pas simple de se dire  « quel est mon genre » quand on est non-blanc dans un pays blanc.

La façon dont nous sommes perçus influe aussi sur la façon dont nous nous percevons et cela produit beaucoup de dégâts…

Ce n’est pas simple de chercher à se qualifier quand nous voyons et comprenons à quel point notre non-blanchité (comme stigmate apposé) a transpiré dans la perception d’autrui de notre genre et a noyauté notre auto-perception.

Pour ma part voici les questions que je me pose, quant à mes spécificités propres :

Est-ce que lorsqu’on est non-blanc on est forcément perçu comme non-binaire dans le référent du binarisme blanc ?

Est-ce une autre échelle ?

Et lorsque nous sommes issues de plusieurs cultures, y a-t-il plusieurs échelles sur lesquelles nous naviguons ?

Un axe qui serait le binarisme blanc, que j’ai assimilé comme toute personne vivant en France ?

Un axe de ce binarisme décalé Blanc/Non-blanc, où je serai de toute façon désaxée parce que vu comme non-blanche ? Et, dans cet axe décalé, quel plus petite échelle dois-je prendre ? plus précisément de la communauté des assimilés Arabe en France? Des Maghrébins en France ? Des Arabo-musulmans en France?

Un axe intra marocain ? Des Marocain.es entre i-elles, ou celle des Arabes Marocain s vs les Amazighs Marocains ?

Un dernier axe encore : Intra-Amazigh ? Ou Intra-Amazigh sachant que je vis en France et que je suis fille d’immigrée Amazigh ? Que j’ai ma nationalité française, en plus de la marocaine ?

Et comme, en plus je n’ai pas une sexualité hétéronormée… cela ne me sort-il pas d’emblée de certains schémas au sein même de tous ces axes ?

Sur quelle échelle dois-je me placer pour décréter que je suis cis ou trans ?

Pour certain.es d’entre vous, choisir l’axe binariste sur lequel se placer peut être simple, pour d’autres la grille de lecture est très complexe, rendant la lecture très floue, et parfois impossible à saisir.

9 réflexions au sujet de « Décolonisons le genre. Genre et (post-)colonialisme : Comment ces mots sont-ils liés ? »

  1. Ping : Guide des genres – trolldejardin

  2. H Paradoxa

    Après une discussion sur ce sujet au sein d’une réunion trans avec plusieurs personnes trans racisées, j’ai eu envie et besoin de chercher plus d’info (je suis blanche) et franchement ton article… c’est une mine d’or. Très clair, très simple, et pourtant très complet. Et même plus généralement que l’intersection race/genre/sexualité, je trouve qu’il met aussi bien en lumière le phénomène de cosubstantialité justement, qui est beaucoup trop souvent oublié dans l’appréhension des système d’oppression.

    Alors merci, vraiment.

    Je suis aussi tombée sur cet article en cherchant des sources pour la vidéo sur la non binarité parlant de cette question, sachant que je n’avais ni la légitimité ni les connaissances pour approfondir le rapport des non-blan.che.s au genre. Du coup je compte y insérer ce paragraphe si tu as le temps de le lire et de me dire si ça te parait correcte, j’en serrais très reconnaissante :

    « Il faut savoir que les genres binaires masculins et féminins comme on les connait, sont des conceptions occidentales du genre, qui ont été imposées aux autres culture pendant la colonisation, par conséquent, le rapport à ces genres binaires des personnes racisées peut-être différent, voir radicalement différent de ce que les personnes blanches vivent. Les genres non binaires présentés dans cette vidéos sont donc également non binaire par rapport aux genres binaires blancs et sont des perceptions du genre majoritairement nommés par des personnes blanches. Cela n’empêche pas certaines personne racisées de se retrouver dans ces termes ni de les utiliser, mais, surtout si vous êtes blanc.he, il faut avoir conscience de ce contexte culturel et du passé de ces notions. Je ne vais pas vous en dire plus parce qu’étant moi-même blanche je ne suis pas la mieux placer pour ça et que je risque très vite de faire des erreurs, mais je vous mettrais des liens d’article écrits par des personnes bien plus pertinentes que moi en description. »

    Aimé par 1 personne

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    1. seinouille Auteur de l’article

      Merci de ces mots @H Paradoxa ! Je suis vraiment ravie que cet article ait pu t’être utile !
      Pour ta phrase je te propose ceci : Je mets des étoiles pour ce que je change et entre parenthèses une explication.

      « Il faut savoir que les genres binaires masculins et féminins comme on les connait, sont des conceptions occidentales du genre, qui ont été imposées aux autres culture pendant la colonisation, *** en dépit ou en opposition aux genres binaires ou non binaires non blancs pré-existant****.
      (Si tu ne rajoutes pas cette précision, on peut comprendre ta phrase par : les identités de genre sont une invention occidentale imposée aux autres *qui n’en avait pas!* L’idée que les identités sexuelles et de genre puissent ne pas exister dans les ex pays colonisés est une idée très problématique contre laquelle il faut lutter, il vaut mieux être précis pour ne pas donner l’idée d’aller dans cette reflexion là, quand ce n’est pas du tout ce que l’on souhaite).

      Par conséquent, le rapport à ces genres binaires des personnes racisées peut-être différent, voir radicalement différent de ce que les personnes blanches vivent. Les genres non binaires présentés dans cette vidéos sont donc également ***définis comme*** non binaire par rapport aux genres binaires blancs et sont des perceptions du genre majoritairement nommés par des personnes blanches. Cela n’empêche pas certaines personne racisées de se retrouver dans ces termes ni de les utiliser, mais, surtout si vous êtes blanc.he, il faut avoir conscience de ce contexte culturel et du passé de ces notions. Je ne vais pas vous en dire plus parce qu’étant moi-même blanche je ne suis pas la mieux placer pour ça et que je risque très vite de faire des erreurs, mais je vous mettrais des liens d’article écrits par des personnes bien plus pertinentes que moi en description. »

      Voilà, merci de ton intérêt et à très vite pour ta vidéo !

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  3. Ping : Un genre de zèbre – Shou & Kest

    1. seinouille Auteur de l’article

      Merci beaucoup de ton crédit! Je suis vraiment contente que mon article ait pu t’inspirer 🙂

      J’étudie aussi l’intersectionalité du genre et validisme/capacitisme mais j’ai encore beaucoup de travail à faire avant de produire une synthèse comme l’article précédent axé sur genre -race. Comme je l’ai explicité dans mon article genre-race, en note d’intention personnelle, je conçois le validisme-capacitisme comme un axe structurant de la société française, mais cela n’est pas encore reconnu par les scientifiques, ainsi nous ne disposons pas encoore d’assez de données sur le sujet. Je connais néanmoins deux chercheuses dont c’est le sujet de recherche et j’espère qu’à l’avenir d’autres chercheu.ses se pencheront sur la question

      Je te linkerais également comme personne ayant réfléchi à la question, avec un ami avec qui nous avons déjà discuté du sujet.

      A bientôt.
      Seinouille.

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  4. Ping : Genres en dehors de la binarité occidentale – La vie en queer

  5. Ping : Critique de l’acronyme LGBTQIA+, entre validisme et racisme – JuivefTransAtypique

  6. Ping : Analyse du système d’oppression basé sur la notion de sexe – La vie en queer

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